Dans l’espoir que cela aide tous ceux qui se lancent dans l’aventure, voici un petit retour d’expérience sur nos deux années de nomadisme digital! Comme beaucoup, nous avons choisi de devenir nos propres patrons. Et nous avons choisi de le faire dans notre cadre de vie nomade. Puisque je peux choisir ma façon de travailler, je peux aussi choisir où je souhaite travailler. Depuis 2016 nous nous déplaçons en voilier, et une chose est sûre aujourd’hui, nous souhaitons vraiment conserver ce mode de vie nomade.

Pour autant, le nomadisme digital n’est pas encore tout à fait entré dans les mœurs. Nos clients sont parfois dubitatifs quant à notre fiabilité.

« Peut-on faire confiance à une personne géographiquement instable ? »

La réponse est oui bien entendu. Ce n’est pas parce que nous changeons de paysage que nous ne sommes pas fiables ! Et cela, il faudra parfois le faire comprendre au client.

Comment s’organiser quand on est Digital Nomad ?

Digital & Nomade ou Nomade & Digital ?

J’ai souvent lu qu’il fallait être digital avant d’être nomade. C’est-à-dire avoir une entreprise bien ficelée avant de partir. Il est vrai que cela facilite les choses au niveau professionnel. Ceci étant, il n’est pas déraisonnable de le faire dans le sens inverse. Après tout, le voyage forme la jeunesse, apporte beaucoup de qualités utiles dans le monde professionnel et permet de diversifier son réseau.

Dans ce cas-là, il est important d’avoir un bon pécule de côté. Quand on commence, on travaille rarement tous les mois à temps plein !

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Organisation au long-court

Nous avons commencé notre activité quelques mois après le départ. Après avoir sillonné la côte espagnole et les îles Baléares en Méditerranée, nous nous sommes arrêtés à Carthagène au Sud de l’Espagne. Nous y avons passés 8 mois durant lesquels nous avons visité la région de Murcia et avons développé notre activité freelance.

Deux ans plus tard, nous en avons fait notre rythme de croisière : quelques mois de travail, puis nous repartons en exploration à la recherche d’un nouvel endroit sympathique avec les infrastructures répondants à nos contraintes :

  • Un accès internet suffisant,
  • Un port ou un mouillage pas trop loin des principales commodités
  • Idéalement avec un peu de vie sociale
  • Des possibilités de balades sympathiques

Pour maintenir ce rythme quelques concessions sont nécessaires : à chaque contrat nous mettons de l’argent de côté en prévision des mois creux en termes d’activité. Etre freelance, je ne t’apprends rien, c’est avoir des irrégularités, surtout en début d’activité. L’avantage c’est que le nomade peut choisir des endroits agréables et peu chers pour vivre et travailler.

Les moments boulot

Lorsque nous sommes à l’arrêt pour travailler, nous  recréons rapidement une petite routine. Les premiers jours sont un peu étranges. Puis très vite nous reprenons nos marques, nos agendas et nos plannings et c’est parti pour plusieurs mois de travail.

Suivant l’agenda, le planning se partage entre réseautage, prospection et production. Comme tout freelance en activité.

Dans ces moments-là, notre vie ressemble à celle que l’on avait avant. Bien sûr le fait d’être dans un cadre que nous avons choisi, de faire de nouvelles rencontres et d’être passionnés par notre travail fait que notre quotidien est agréable, on ne s’en lasse pas. En tout cas pas pour le moment !

Quelles sont les contraintes auxquelles nous avons été confrontés ?

Lorsque nous avons commencé cette activité « digitale », nous nous sommes d’abord heurtés aux problématiques de l’entreprenariat. Cela demande beaucoup d’organisation et de volonté. Puis, une fois nos marques prises en tant que freelance, les problématiques liées au nomadisme ont fait leurs apparitions.

La « cool-attitude » du digital nomade

Travailler comme digital nomad a un côté « cool ». On nous imagine souvent travailler sur un transat au bord de l’eau, profitant de notre vie en sirotant des noix de coco. Je ne vais pas dire que cela est complètement faux. Lorsque nous travaillons au mouillage dans une belle crique par exemple, nous commençons la journée par une baignade autour du bateau, puis la journée de travail commence.

Ceci étant dit, la réalité est aussi que nous ne pouvons pas toujours être dans des endroits de rêves, nous travaillons de très nombreuses heures et, comme nous travaillons en couple il est parfois difficile de ne pas parler travail dans nos moments à nous.

Il faut aussi s’habituer à travailler dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales. Travailler dans le bateau revient parfois à travailler dans un four ! Aller travailler dans un café peut-être difficile pour la concentration. Trouver un espace de co-working est encore le mieux, mais cela représente un budget.

Il ne faut pas se fier aux apparences, le digital nomad travaille pour de vrai ! Et il doit avoir une vraie faculté d’adaptation pour réussir.

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Rush-Hour

Les débuts peuvent être épuisants. Monter une entreprise ce n’est pas de tout repos. Au départ nous avions l’impression de faire du sur-place. Nous travaillions des journées entières, jusqu’à des heures très tardives. Durant des mois nous n’avons pas perçu les fruits de ce travail. Nous avions l’impression de travailler pour rien : peu de devis signés, le téléphone ne sonnait pas, la concurrence nous paraissait démentielle.

En fait toutes ces heures de travail sont indispensables. C’est le fondement de ce que l’on entreprend. Sans cela, je pense que ce n’est pas vraiment possible d’atteindre les objectifs visés. Tout ce temps, sert à se bâtir, prendre confiance dans ce que l’on fait et ce que l’on propose à nos clients. C’est de l’apprentissage où nous avons parfois fait des erreurs desquelles nous avons tiré beaucoup d’enseignements.

La petite moralité est qu’il ne faut pas lâcher, tout vient à point à qui sait attendre (et travailler !)

Les contraintes techniques

D’un point de vue plus spécifique, nous avons également fait face à des problèmes très concrets. Allez je me lance dans une petite liste !

  • La gestion du courrier / Adresse postale : avoir une adresse fiscale et un siège social pour l’entreprise est essentiel. Pour cela il y a deux principales solutions : laisser son adresse chez des proches ou utiliser un service de domiciliation. Chacune des solutions a ses avantages et inconvénients. Selon moi le principal avantage de l’adresse chez les proches est l’économie, pas besoin de payer un service pour le courrier. En revanche, utiliser le service de domiciliation apporte de la stabilité (tes proches peuvent déménager et tu devras entamer des démarches). C’est aussi plus simple car on gère soi-même son courrier.
  • La gestion de la clientèle à distance : travailler en « remote » est encore un peu obscur pour beaucoup de personnes. Tout le monde, notamment nos clients, n’a pas encore vraiment accepté que cela peut-être tout aussi efficace (voire plus) que le travail en face à face.
    Il faut donc être pédagogue et prendre le temps d’expliquer au client que cela ne pose pas de problème quant à la productivité et le fait de mener le projet à bien.
    Il faut aussi savoir être très « pro », dans le sens où il te faudra prendre le temps d’organiser tes sessions de travail avec le client. Il ne faut pas l’appeler tous les quatre matins par exemple. En somme il faut être organisé et surtout autonome !
  • La gestion de l’accès à internet. Nécessaire quand on est digital nomad ! En Europe et dans les DOM c’est une question qui est résolue. Les nouveaux forfaits disposent de suffisamment de data dans toute cette zone. Un forfait à 50€/ mois est souvent suffisant. Actuellement nous sommes dans les îles de la Caraïbe, la solution est la même, le fournisseur d’accès local propose des forfaits valables dans toutes les îles. Pour les autres endroits du monde, nous n’avons pas encore expérimenté. Mais les connexions internet sont de plus en plus disponibles pour des prix de plus en plus raisonnables. Les espaces de coworkig sont aussi très répandus et ont le vent en poupe !
  • La gestion du décalage horaire : il n’y a pas de miracle, là encore il te faudra être le plus organisé possible. Et encore une fois prendre le temps d’expliquer et de faire accepter au client cette contrainte. Généralement cela ne pose pas trop de soucis. Cependant certains clients sont parfois à douze heures de décalage. Il faut alors faire l’effort de faire des sessions de travail tardives (21h – Minuit) pour être en accord avec le client.
  • La gestion de l’imprévu dû au voyage : être nomade c’est faire face à l’inattendu et savoir improviser. Dans un contexte professionnel cela peut parfois avoir des répercussions négatives. Une fois, cela a été source de conflit avec un de nos clients. Pour autant, nous ne pouvons prévoir que notre moteur va tomber en panne et nous coincer dans une zone sans réseau par exemple. Pour nous la solution est double : premièrement, bien s’assurer que le client connaisse notre situation, nous ne cachons jamais le fait que nous vivons en bateau. Deuxièmement : savoir travailler en mode dégradé. Si ton pc à pris l’eau, il faudra travailler sur tablette par exemple !

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Nomad digital, Une véritable carrière ?

Telle est la question ! Je pense sincèrement que oui. Pourquoi ne pourrait-on pas envisager de vivre comme cela à long-terme ? Je ne vois aucune raison qui nous en empêcherait. Finalement je ne vois pas vraiment de différences entre un freelance et un freelance nomade. Nomade n’est pas un handicap, bien au contraire ! Notre voyage nous a appris (et nous apprend encore) la confiance en soi, l’ouverture d’esprit et bien d’autres qualités utiles au travailleur freelance. Sans compter que l’expérience internationale est un atout non négligeable.

La difficulté tient plutôt dans le fait de réussir dans son domaine, se faire reconnaitre professionnellement et passer du temps à travailler son réseau. Les phases de voyages peuvent me laisser quelques doutes. Ce sont des moments où nous quittons (plus ou moins) le milieu professionnel et où nos concurrents peuvent rapidement prendre la place. Je pense notamment aux plateformes de freelances où la concurrence est importante. Il vaut mieux ne pas être déconnecté trop longtemps.

Toute la difficulté réside donc dans l’équilibre travail / voyage. Il est parfois tentant de se poser quelque part (trop) longtemps pour se consacrer au travail. C’est ce que nous faisons et c’est nécessaire. Mais il ne faut pas perdre de vue ses objectifs de vie. Première raison pour laquelle nous sommes « digital nomad ».