Après la folie des Canaries, celle de l’Océan. Nous étions une dizaine de bateaux à partir en même temps de Tenerife. La météo annonçait du vent et de la houle, mais rien dans les fichiers météo ne laissait présager que nous allions autant nous faire lessiver !

Ah non mais en fait je ne veux pas y aller

Le départ du port de la Gomera où nous avions fait une toute dernière escale, a été fantastiquement drôle. Le port est minuscule et le vent nous poussait dans le mauvais sens. Le voilier est lourd et n’a pas de propulseur d’étrave. On aura mis plus de trente minutes à sortir de là !!
Les premières 24h après le départ sont super tranquilles. On hisse les voile, Tau Here avance tout paisiblement. Pour autant je suis bien nauséeuse. Il faut dire que je suis bien stressée. Et puis de toute façon je suis toujours un peu malade le premier jour. La mer et moi ne sommes pas encore tout à fait copines !

Le lendemain nous avons bien avancé, comme prévu à la météo le vent se lève et c’est tant mieux ! Puis il forcit franchement. Nous réduisons la voilure, mais ce n’est pas suffisant. Tau Here nous fait un surf à 12 nœuds !!!! Pour notre bateau c’est énorme, quand on sait que notre vitesse de croisière est aux alentours de 5 / 6 nœuds.
Le vent est travers, les vagues également. Tau Here avance bien gîté, les vagues déferlent dans le cockpit. L’équipier de quart est souvent bien arrosé.

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Les manœuvres sont un peu musclées

Franchement je ne m’attendais pas à cela. Et c’est la première fois que nous nous faisons secouer pendant aussi longtemps. 36 heures dans le la houle de 2 à 3 mètres travers, le bateau qui part au lof de manière assez spectaculaire. La barre est dure à tenir, nous laissons le pilote automatique s’en charger la plupart du temps et nous passons les trois jours bien à l’abri dans le bateau. Seul l’équipier de quart sort régulièrement pour vérifier que tout va bien dehors.

Tau Here tient le coup, c’est un bateau fait pour ça. On le sent bien, il pourrait encaisser bien plus avant de flancher. Pour Eric et Arnaud c’est une première au large bien musclée. Mais très franchement leur sérénité dans cet environnement m’impressionne. Ils prennent ça à la cool, viennent papoter tranquillement avec nous en nous proposant un peu de saucissons !! Nous passerons quasiment 36 heures ensemble dans la partie arrière du bateau à refaire le monde et attendre que le temps se calme. Pour ma part ça aura tout de même été trois jours super rudes ! Trois jours malade comme tout ! Le peu que mon corps voulait bien avaler était presque instantanément rejeté ! Habituellement je suis toujours un peu malade, mais je peux assurer mes quarts. Je dois avouer que cette fois-là j’étais bien trop au fond du seau (et c’est le cas de le dire!!) pour pouvoir faire quoi que ce soit !

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Lorsque le calme revient, Lucas sort la canne à pêche !

L’avantage du vent frais, c’est qu’il fait avancer le bateau à bonne vitesse ! Nous avons mis seulement 6 jours contre les 8 prévus au départ. Après avoir été secoués pendant aussi longtemps, de nombreux doutes parcourent mon esprit quant au fait de continuer plus loin. A de nombreuses reprises je me suis dit : « Non mais en fait, ça suffit ! J’ai fait assez de mer en hauturier, je prendrai un avion, les garçons trouveront un autre équipier pour me remplacer et ça sera très bien ! ». Finalement après quelques jours de repos, la raison revient à moi : « Ce ne sera peut-être qu’une seule fois dans ma vie, alors je ne vais pas laisser passer cette occasion de traverser l’Atlantique à la voile. Pas après tous les efforts que nous avons fait pour en arriver là ! »

En passant par le Cap Vert

Il était difficile de décrire l’effervescence, la joie de vivre, la folie qui régnait sur le port avant le départ de transatlantique. Comment mettre alors des mots sur les retrouvailles de toute cette belle équipe lorsque nous sommes arrivés au Cap Vert ? Nous avions tant à partager. La première étape de notre folle aventure ! La majorité d’entre nous sommes descendus avec une météo difficile. Première expérience en mer pour beaucoup d’entre eux. Arnaud et Eric ont géré cela à la perfection. Certes pas encore autonomes, Lucas leur donnait toutes les instructions pour les quarts. Niveau gestion du stress, de la peur, du mal de mer : au top ! Bonne ambiance à bord, tout le monde prend soin les uns des autres. Une fois les pieds au le Cap Vert, c’est sûr : la grande traversée se passera bien, tout du moins entre nous !! Tau Here fait encore une fois ses preuves : malgré le vent, les vagues, la houle, il reste confortable, tout le monde se sent en sécurité à bord.

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Tau Here au mouillage de Mindelo

Après cette première traversée musclée, nous aurions aimé un séjour paisible. C’était sans compter sur le fait que nous étions arrivés pour le jour de l’an et toute l’effervescence que cela implique. Nous étions très heureux de fêter l’évènement avec toute la troupe, malheureusement des petits malins en ont profité pour s’introduire dans le bateau et dérober pas mal de choses. Certes ce n’est que du matériel, les assurances couvriront certainement la perte, en revanche psychologiquement la pilule est plus difficile à avaler. Nous ne nous sentons plus vraiment à l’aise au mouillage. Pour couronner le tout, le lendemain soir, nos voisins se font visiter alors même qu’ils sont à bord. L’altercation est un peu violente et le voleur se dirige à la nage vers notre bateau … Bref nous atterrissons très rapidement à la marina de Mindelo. En effet la vie est rude au Cap Vert, certes il fait beau et chaud toute l’année, mais la pauvreté est très présente, les denrées de première nécessité sont difficiles à trouver et hors de prix (même pour nous). Eric et Arnaud profiteront d’une escapade sur l’île d’en face pour se rendre compte que tout le Cap Vert n’est heureusement pas aussi morose que Mindelo !

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Épave sur le mouillage de Mindelo

 

Une petite semaine après notre arrivée, les copains commencent les uns après les autres à quitter Mindelo, en route pour les Antilles. Après 10 jours passés sur place, la fenêtre météo « idéale » attendue, les réserves d’eau et de produits frais faites, nous voilà partis à notre tour. Même si l’on est déjà arrivé jusque-là, se dire que l’on y va ça fout les jetons. Pas de terre pour faire escale en cas de problème, personne à portée de VHF, seuls pour parer aux éventuels problèmes. Seul le téléphone satellite nous relie à la terre, avec à l’autre bout, Fred, notre ami skipper pour le routage et Fabrice, le frère d’Eric qui transfèrera nos mails à nos proches.

Le récit de la traversée au prochain épisode !